Porquerolles, mon idole
Je n’aurais jamais les mots pour te décrire. Toi la silencieuse malgré les cigales.

Je sais tout de toi. Ton odeur sur la place, la moindre faille de tes chemins cabossés, le mistral frais qui adoucit les journées trop chaudes. Je sais les vélos usés, les peaux trop tannées, les soirées qui traînent sans personne sur l’île. Je sais le retour de Notre-Dame, la glace chez Coco Frio, les enfants qui dorment dans la carriole. D’abord moi, puis eux.

Je sais l’achat du Var Matin sur l’île endormie, pieds nus dans la rue.
Puis cette maison… Là où le temps s’est arrêté et où la vie n’a cessé de continuer. D’années en années, de génération en génération. La chambre du fond, le portrait de Chaplin qui n’a aucun rapport, la bibliothèque du couloir dans laquelle je choisissais chaque année le même livre de Delerm.
Le tarot sur la terrasse en mangeant du chocolat, les clopes, les amis pour la vie.
Ceux qui le sont devenus.

L’escale, les robes des Isles, les tatouages au henné, la soupe au pistou de Patoche, la pissaladière de Christiane, les poulets rôtis à la plage sur un morceau de bois flotté.
La terrasse avec vue sur le champ de Rata, l’arrosage automatique et le petit duc.

Dire qu’en 30 ans on a jamais coupé la branche du saule de l’entrée de la maison pour arrêter de se baisser à chaque fois qu’on veut rentrer. Parce que là bas, il n’y a pas d’autre obligation que d’être heureux.



